Mohamed Ziane-Khodja - L E R Ê V
E I N T E R D I T *
un certain jour
dans la Cité
aux remparts des rêves
interdits
qu'on dût
réapprendre à se forcer à admirer
à perte de vue un incendie
du soleil
aux parfums de fines fleurs
de l'Éternel
Renouveau qui tarde toujours à percer
et
brandissant le
flambeau d'une
liberté
liliale
on décida de s'en
aller chantant -sur
l'air des lampions-
le
long des rues déshéritées
injuriées
"bedd
ad twalid
ruh
ad tawid
qim
ulac"**
un pont
suspendu
un pont
virtuel
immatériel
un pan de
soi-même
qui remonte
au Déluge
au
Siège de la Mémoire
comme
remonterait ce soleil
sur
l'horizon
non mais alors
c'est le vent coulis
il secoue il donne froid
un chant qui sourd
et monte dans le ciel
comme ce soleil
brisé qui se ramasse
pour un pays à
musique
que l'Avenir se
conjugue au Passé
de Nos Montagnes
il court le monde
(et puis) ça gonfle
ça déborde -un fleuve limoneux-
le peuple longtemps
adolescent ne mue pas
d'ailleurs il
n'avait jamais bêlé
il secoue il donne
froid il gonfle il déborde
les gènes manipulés
ne répondent plus
ils vibrent aux
roulements de tambours aux galops
de Jugurtha des
circoncellions
susurrés par les
Rumeurs du Temps
qui secouent qui
donnent froid
à coups même de
confettis
pourtant
il n'est pas
interdit de rêver
mais
comme nous le savons
les vampires sortent
la nuit
avec les larmes de
crocodiles
Mohamed ZIANE-KHODJA
* Poème
publié aussi à « Alger-Républicain », en mai 1990 ; « El
Vigía » (en espagnol), en mars 1995.
** En
berbère: "debout, tu verras (assisteras)
en
y allant, tu ramèneras
assis, rien".



