Mohamed Ziane-Khodja - U N    J O U R *

 

À la mémoire de ceux qui

sont  fauchés par la tourmente

d'une Algérie endiablée.

 

puisse un jour

de votre sang refleurir l'espoir

en éclat papillotant

de boutons de soleils

comme par un matin de printemps après les giboulées

et n'en déplaise aux imbéciles

                                                                heureux

                                                                                                   et couards

                             aux potiches de tous bords

                             aux écervelés aux boutefeux et leurs sbires

qui en seront tarabustés

comme des feux follets

à force d'y avoir accroché leurs yeux hagards

"LA FAMILLE QUI AVANCE"** avancera

les champs en friche écobués emblavés

et frémissant                   d'espoir longtemps frustré

                                         éventé par l'attente

la parole pansée ailée voltigeant délirant

et les chaînes sacrilèges du Passé

                                                                obsessionnel

le grillage des horizons interdits

mouleront la plaque de votre mémoire

alors les enfants

                             redevenant enfants

                                                                            transfigurés

le cœur dans le cœur

sur les chemins de l'école

un rameau d'olivier des héliotropes à la main

s'en iront chantant

à tout vent

vos rêves enfarinés

et l'Algérie se remettant

de sa fièvre

                             puerpérale

nous resserrera contre son sein

                                                                tonique

nous épongeant la glande lacrymale    débridée

et n'en déplaise aux ultra-inspirés

de l'Import-Export du Vent de l'Est

                             des lupanars de l'histoire

nous viendrons nous incliner devant votre mémoire

défonçant les barreaux de la honte

et La Kahina sera de retour

Antenéa   Tin-Hinan

que nos mères nos sœurs nos amours c'est l'avenir

et les horizons se dégageront s'ouvriront éclateront de

                                                                                                   lumières

nous lâcherons des pigeons

le monde aura dit que vous aviez raison

un rameau d'olivier des héliotropes à la main

nous nous en irons chantant

à tout  vent

vos rêves enfarinés

aussi long soit le chemin

un jour et ce jour viendra

il s'écrit avec du sang

votre sang notre sang

Tenerife, Octobre 1996

Mohamed ZIANE-KHODJA

           

* Poème publié dans plusieurs revues, notamment par une association féministe de Montpellier, mars 1997; La Toile des Poètes – « Libération », février 2001 ; « El Vigía », mai 2001.

** Titre de la dernière et célèbre chronique de Tahar DJAOUT (poète, écrivain et journaliste algérien), "LA FAMILLE QUI AVANCE ET LA FAMILLE QUI RECULE", parue dans son journal "RUPTURES" à la.veille de son assassinat le 26 mai 1993.

 

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