D É C H I R U R E S *

 

le train routinier

du temps

au temps

roule à vive allure

siffle avant de s'arrêter

la gare en effervescence

y a du monde

qui descend

qui monte

qui se quitte

qui se rencontre

qui pleure

qui rit

puis siffle avant de démarrer

le cœur la gorge serrés

débordés         de remords

les yeux perlés           de larmes

pétillent                     de rage

un oiseau deux oiseaux quatre moutons

en sortent s'en échappent

repeuplant les souvenirs innocemment tus

effluves capiteux des renoncules de l'Enfance

un instant des premières-dernières effusions

et on fait la ronde quand même

un oiseau deux oiseaux

on se jette des fleurs

fanées

on jure de ne pas s'oublier et tout le bazar

mais

à peine le train s'éloigne

et les quais désolants aussi

deux oiseaux un oiseau un point dans le ciel

le ciel

on oublie

tout s'oublie

puis le train reprend son allure

à destination "Avenir-Incertain"

au pays de l'oubli

plutôt de l'habitude

il siffle avant de s'arrêter

il siffle avant de démarrer

 

Le 23 Mai 1987

* Poème publié aussi à « Algérie-Actualité » (par Tahar Djaout), entre autres, en juillet 1992.

Par Mohamed ZIANE-KHODJA

Accueil...

E-mail...

Poèmes...